choisir entre gourmandise
et la haine des piquants
impossible amour
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le premier amour
entre jeunesse et vieillesse
jamais ne s'oublie
Je suis un coeur coquelicot, délicat, gourmand de poésie, gorgé d’un jus de tendresse.
Je m’épanouis parmi les framboises qui se mirent aux perles de rosée,
les cerises écoutant les rêves aux oreilles des enfants,
les fraises sauvages blotties dans les bois dormants.
Joli coeur
Aller aux mûres
C’est une balade à faire avec de vieux
amis, à la fin de l’été. C’est presque la rentrée, dans quelques jours
tout va recommencer ; alors c’est bon, cette dernière flânerie qui sent
déjà septembre. On n’a pas eu besoin de s’inviter, de déjeuner ensemble.
Juste un coup de téléphone, au début du dimanche après-midi :
— Vous viendriez cueillir des mûres ?
— C’est drôle, on allait justement vous le proposer !
On
s’en revient toujours au même endroit, le long de la petite route, à
l’orée du bois. Chaque année, les ronciers deviennent plus touffus, plus
impénétrables. Les feuilles ont ce vert mat, profond, les tiges et les
épines cette nuance lie-de-vin qui semblent les couleurs mêmes du papier
vergé avec lequel on couvre livres et cahiers.
Chacun s’est
muni d’une boîte en plastique où les baies ne s’écraseront pas. On
commence à cueillir sans trop de frénésie, sans trop de discipline. Deux
ou trois pots de confitures suffiront, aussitôt dégustés aux petits
déjeuners d’automne. Mais le meilleur plaisir est celui du sorbet. Un
sorbet à la mûre consommé le soir même, une douceur glacée où dort tout
le dernier soleil fourré de fraîcheur sombre.
Les mûres sont
petites, noir brillant. Mais on préfère goûter en cueillant celles qui
gardent encore quelques grains rouges, un goût acidulé. On a vite les
mains tachées de noir. On les essuie tant bien que mal sur les herbes
blondes. En lisière du bois, les fougères se font rousses, et pleuvent
en crosses recourbées au-dessus des perles mauves de bruyère. On parle
de tout et de rien. Les enfants se font graves, évoquent leur peur ou
leur désir d’avoir tel ou tel prof. Car ce sont les enfants qui mènent
la rentrée, et le sentier des mûres a le goût de l’école. La route est
toute douce, à peine vallonnée : c’est une route pour causer. Entre deux
averses, la lumière avivée se donne encore chaude. On a cueilli les
mûres, on a cueilli l’été. Dans le petit virage aux noisetiers, on
glisse vers l’automne.
Philippe Delerm, La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules
Vert jaune ou grenat
sur les ronciers qui murmurent
la fin de l’été
MissYves